lundi 10 octobre 2011

Son nom d'avant - Hélène Lenoir


 Le livre ouvre sur une jeune fille qui vit une drôle d 'aventure alors qu'elle attend le bus , un prologue époustouflant et énigmatique. Cette jeune fille c'est Britt que nous retrouvons des années plus tard, mariée avec Julius Casella chef d'entreprise, héritier de son père et qui espère que son fils ainé prendra un jour sa succession. Car chez les Casella c'est la loi salique qui s'applique. Britt est condamnée à être mère au foyer, garde malade de son beau père devenu grabataire, on a beau être riche on fait attention à la dépense. Ce sont  là les contraintes de l'épouse du frère ainé qui s'est vu avantager dans le partage de la fortune familiale du fait de son rang ... Lors de la messe de la communion de son fils ainé, elle croise  un regard qui va la renvoyer à sa jeunesse, à cette époque "de son nom d'avant", c'est peut être là une porte de sortie vers la liberté qui s'ouvre à elle...

Comme dans "pièce rapportée" , Hélène Lenoir fait un portrait sans concession d'une famille de la bourgeoisie provinciale à travers l'intimité d'une femme. Le monde change mais pour eux les codes restent les mêmes, englués dans un conservatisme de "grenouille de bénitier". L'atmosphère s'y révéle vite étouffant, ce n'est pas aussi glauque que dans" Festen" le film de Thomas Vinterberg, même si c'est parfois violent nous pensons notamment à cette scène où la mère découvre des passages du journal intime de sa fille ainée, qui de par son sexe ne peut avoir le même statut que ses frères. 
Cet univers cher aux films de Claude Chabrol est ici traité sans l'ironie du cinéaste de la nouvelle vague. Monologue intérieur, journal intime,  dialogue ou narration descriptive, Hélène Lenoir use de toutes les formes de langages pour nous plonger dans cet univers familial, cela donne un récit très visuel où les scènes de réunions familiales nous renvoient  vers des références plutôt cinématographiques que littéraires. Il y a des zooms, des travellings, des champs contrechamps dans l'écriture d'Hélène Lenoir. Cela pourrait être  oppressant  mais par ses changements de formes, on garde une distance salvatrice qui nous permet de respirer et de ne pas nous enfoncer dans les méandres décrits.

C'est tout simplement beau comme du Flaubert!

Les éditions de minuit - Collection poche

1 commentaire:

  1. c'est bien ce que je disais tout à l'heure, vous les avez tous lus !

    RépondreSupprimer

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...