vendredi 2 septembre 2016

Elena Ferrante

C'est assurément notre découverte littéraire de cette année, nous avons lu les deux premiers volumes d'une saga littéraire construite entre le destin de deux amies Elena et Lila. Nous sommes à Naples  à la fin des années 50, Elena et Lila sont deux amies, elles sont deux élèves brillantes mais issues de milieux populaires elles ne sont pas destinées à poursuivre les études. Leur institutrice va tenter de persuader leurs parents de les laisser poursuivre leur cursus scolaire, seuls ceux d' Elena acceptent  .
Lila, la plus brillante des deux n'a pas le choix, elle rejoint son père et son frère dans leur échoppe de cordonnier... Elle croise Elena de manière fluctuante s’intéressant de loin à ces études, lui venant en aide lorsqu’elle rencontre des difficultés, elle montre alors une capacité rare à étudier seule une matière nouvelle comme le latin... Alors qu'elle est poursuivie des assiduités du caïd du quartier un des frères Solara , elle se refuse à lui préférant épouser dés son plus jeune age l'épicier du quartier qui séduit sa famille par son aisance financière. La jeune fille découvre le jour de son mariage que son époux l'a trahi en invitant les frères Solara, l'union est très mal engagée ... Trop indépendante et attachée à sa liberté, elle n’accepte pas les règles séculaires du quartier sur le statut de l'épouse, qu'importe les torgnoles, elle reste indomptable...
Elena poursuite avec succès ses études, elle rejoint par la suite à l’université de Pise...
Une amitié fluctuante, faite d'éloignement et de séparation mais les relations avec Lila jeune fille foncièrement indépendante, revêche et qui porte en elle une colère froide de n'avoir pu mener des études qui l'auraient rendue indépendante ne peuvent jamais être simples. A travers elles, Elena Ferrante trace le portrait du Naples de l’après guerre, ville bouillonnante du sud italien où les familles des classes populaires traversent le temps sans jamais sortir de leur quartier, une vie dure sans grand espoir d'amélioration sociale ... Elena reste une exception.
C'est une saga passionnante où l'on s'attache dés les premières pages aux deux jeunes filles aux caractères si différents, Elena Ferrante trace un portrait jamais simpliste des différents personnages, c'est dune richesse propre aux romans de Balzac.Elle rend notamment parfaitement compte du langage indice cruel de distinction sociale ;celle qui poursuit les études, par son savoir finit par s'exclure de son quartier d'origine dont elle  finit par plus parler la même langue sans pour autant posséder tous les codes de son nouveau "monde".
Nous avons lu avec passion les deux premiers volumes de cette saga, L'amie prodigieuse et Le nouveau nom. Nous attendons avec impatience la suite toujours pas traduite en français.

vendredi 26 août 2016

Mémoire de Fille - Annie Ernaux

Annie Ernaux replonge dans l'année 1958 : sa premier job d'été comme monitrice de colonie de vacances. Elle quitte sa famille pour se retrouver avec des jeunes gens de milieux sociaux différents dont elle ne possède pas les codes. Au fond d'elle un désir, perdre sa virginité et découvrir l'amour physique.Mais  première expérience, difficile  la catalogue comme une fille facile aux yeux des autres .
A travers de lettres, des photos , Annie Ernaux tente de retrouver cette jeune fille de l'année 58,  période qu'elle a tenté d'oublier, de chasser de son esprit mais qui  revient toujours à la surface, affleurant dans son œuvre pour enfin s'exprimer dans "Mémoire de fille" .

"J'ai voulu l'oublier aussi cette fille. L'oublier vraiment, c'est à dire ne plus avoir envie d'écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n'y suis jamais parvenue."

Quel beau livre d'Annie Ernaux! Elle nous offre un portrait magnifique tout en nous rappelant la fin des années 50 marquées par la guerre d'Algérie, et le retour aux affaires du Général de Gaulle mais surtout combien il était difficile pour une jeune fille  de découvrir les choses de la vie. C'est un livre captivant, troublant, émouvant, sensuel. C'est un très grand livre,  essentiel dans la bibliographie remarquable d'Annie Ernaux.


jeudi 25 août 2016

Michel Butor ( 14 Septembre 1926 - 24 aout 2016)

"Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre, et de votre épaule droite vous essayez en vain de pousser un peu plus le panneau coulissant" . Ainsi commence le troisième roman de Michel Butor La modification sorti en 1957, la même année que La jalousie d'Alain Robbe-Grillet, Le vent de Claude Simon et Tropismes de Nathalie Sarraute ... Une année majeure et particulièrement stimulante pour la littérature du XXeme siècle. 
C'est un géant qui disparait, il nous laisse une œuvre à lire,à relire ... un romancier, essayiste, traducteur qui stimule l'intelligence, la curiosité du lecteur ... R.I.P

dimanche 21 août 2016

Dernier Train pour Busan - Yeon Sang-Ho

Un étrange virus se répand en Corée, des hommes et des femmes se transforment en Zombies particulièrement agressifs vis à vis des bien portants ... Ils ne font qu’accélérer la propagation du virus. L'ultime chance, prendre le dernier train pour Busan, dernière ville à offrir semble-t-il  un espace de sécurité... Le héros de ce film se retrouve un peu par hasard dans ce train, où il accompagne sa fille qui souhaite pour son anniversaire voir sa mère séparée de son père ...
Évidemment un zombie s'est introduit dans le train, le voyage s'annonce compliqué et tumultueux. Film catastrophe où l'urgence révèle la vraie nature des personnes, si la majorité ne fait preuve d'aucune initiative se contentant de suivre le mouvement général toujours prêt s'il faut, à participer à un lynchage sans aucune forme de discernement, d'autres révèlent un vrai courage. Enfin nous retrouvons ceux qui sombrent dans la lâcheté et l'individualisme prêt à tout sacrifier pour sauver leur peau... Schéma classique!
Ce film est une petite merveille, il nous offre des moments d'action haletants dans un espace réduit, c'est déjà là un exploit cinématographique. C'est parfaitement construit avec une dose d'humour nécessaire pour ne pas faire sombrer le spectateur dans l'effroi.Si les zombies sont très méchants ils ne sont  pas très futés.Cela  laisse une fenêtre d'espoir aux rescapés certes de moins en moins nombreux de trouver une issue favorable. Après le très réussi Snowpiercer de Bong Joon Ho, un autre cinéaste coréen nous offre un nouveau voyage apocalyptique en train  et c'est particulièrement réussi ... nous ne savions pas que nous pourrions autant aimer un film de zombies.

samedi 20 août 2016

Predator - John Mac Tiernan

Le Major Dutch, et ses hommes forment une compagnie d'élite, ils sont envoyés par la CIA dans une forêt d’Amérique Centrale pour récupérer des otages de premier plan retenus par des guérilleros. Dutch arrive sur place, il met rapidement hors d'état de nuire les guérilleros mais les otages ont été exécutés, seule une femme a survécu à l'attaque. Il ne reste plus qu'à rentrer, sauf que nous avons vu au début du film , un vaisseau spatial traverser le ciel ... Et très rapidement les hommes de Dutch qui ont tous survécu à l'attaque du camp se retrouve confronté à une force obscure qui décime les rangs des mercenaires... tout devient inquiétant, on n'en a jamais fini avec les forces du mal. Dutch se retrouve seul avec la jolie dame...On est à Hollywood, c'est l'heure où cela commence à aller mal pour la bête immonde ...
C'est du cinéma américain, époque Ronald Reagan, une Amérique qui aime les muscles et qui veut nettoyer le pays du Sud des méchants communistes... C'est du cinéma viril avec des blagues à deux balles censées déclencher les rires gras dans la salle, une époque où Sylvester Stalonne et Arnold Schwarzenneger se partageaient les blockbusters hollywoodiens ...
John Mc Tiernan est aux manettes de ce film et il convient de reconnaitre que c'est un maitre du genre, il tient parfaitement son récit, utilise avec intelligence les effets spéciaux, et ce film tient parfaitement la route trente ans plus tard. C'est un must du cinéma Hollywoodien des années 80 !

vendredi 19 août 2016

Stefan Zweig, adieu l'Europe - Maria Schrader

1936, Stefan Zweig a définitivement quitté l'Europe. il est reçu en Amérique comme une véritable star, il part à la découverte de cette partie du monde. Il s'installe au Brésil avec sa jeune épouse Lotte où il reprend son œuvre littéraire alors que l'Europe subit la terreur nazie. Il fait un voyage à New-York où il retrouve son épouse précédente, il annonce l'écriture d'une autobiographie.
Alors que son œuvre littéraire semble achevée avec son dernier ouvrage, Le monde d'hier souvenirs d'un Européen, que la situation en Europe sombre dans la tragédie, l'écrivain choisit de suicider avec sa jeune épouse, épuisée par des crises d'asthme à répétition ...
Il nous faut bien l'avouer,  nous sommes allés voir ce film, pensant découvrir un biopic convenu or ce fut une réelle surprise, un vrai enchantement. L'idée de décrire les dernières années de la vie de l'écrivain à travers une série de vignettes autour des épisodes de son exil permet d'éviter un récit lénifiant... A son arrivée sur e sol sud-américiain, l'écrivain refuse de s'engager, sur la situation politique allemande, se considérant hors de situation par son éloignement, il considère  qu'on ne peut être résistant lorsqu'on ne risque plus rien, il souhaite se consacrer à son œuvre ce qui n'est pas sans agacer ses relations qui attendent beaucoup de l'écrivain  alors une véritable star, reçu partout avec les plus grands honneurs.
Nous avons une véritable admiration pour l’œuvre de Stefan Zweig, pour le personnage européen convaincu, pacifiste ... et nous l'avons retrouvé dans ce film qui ne sombre jamais dans l'hagiographie lisse, l'homme n'est pas sans défaut et c'est cela qui le rend encore plus passionnant. Un film qui donne envie de replonger dans l’œuvre immense de Stefan Zweig !

jeudi 18 août 2016

Masculin Féminin - Jean-Luc Godard

Lui revient du service militaire, il milite contre la guerre du Vietnam, lit la presse, c'est un enfant de Karl Marx ... Il cherche du travail qu'il finit par trouver dans un institut de sondage. Il tombe amoureux d'une jeune fille croisée dans un café, il lui fait la cour assidument ...
Elle rêve de devenir  chanteuse, elle enregistre un premier 45 tours, elle ne s’intéresse pas à la politique mais plus à la mode, les produits de consommation, c'est une enfant de Pepsi Cola . Elle vit avec une copine, elle est plus préoccupée par sa carrière artistique que par les discours de ce jeune homme amoureux croisé dans un bar. Avoir un amoureux, en même temps, c'est chouette...
Lui, c'est Jean-Pierre Léaud, il est magnifique, il illumine l'écran par sa présence.
Elle c'est Chantal Goya, elle apporte sa fraicheur et son innocence de  jeune fille bien loin des préoccupations de son temps. La copine avec qui elle partage sa chambre, c'est Marlene Jobert et ses taches de rousseurs qui allait devenir la décennie suivante une des actrices les plus populaires et les plus séduisantes du cinéma français.

Masculin Féminin est une comédie sociologique de Jean-Luc Godard qui montre le visage de la jeunesse des années 60 alors que la campagne de l'élection présidentielle bat son plein. D'un coté une jeunesse insouciante qui se moque des affaires du monde, de l'autre une jeunesse qui se bat contre l'impérialisme américain et la guerre Vietnam et qui se revendique proche de la classe ouvrière. Tous sont portés par un désir commun de pouvoir faire l'amour librement sans souci d'une grossesse non désirée, la pilule va changer le monde. Godard filme admirablement la jeunesse et les mutations de la fin des années 60. Masculin Féminin est ressorti dans une version restaurée, ce film pourtant ancré dans son époque n'a pas pris une ride, il a gardé toute sa fraicheur  et se laisse revoir avec un vrai plaisir !

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