lundi 20 mai 2013

Mud - Sur les rives du Mississippi - Jeff Nichols

Deux gamins, Ellis et Nickbone, 14 ans vivent sur les bords du Mississippi. Ils ont fait le projet de prendre possession d'un bateau qui s'est retrouvé coincé en haut d'un arbre sur une île déserte. Leur surprise  est grande lorsqu'ils y découvrent un habitant qui revendique le bateau: Mud. Le type avec son tatouage de serpent, son flingue coincé dans le pantalon et une chemise porte bonheur fascine les deux gamins à qui rien ne semblent faire peur.
Ils découvrent que Mud se cache, recherché pour avoir tué un homme qui avait maltraité la femme qu'il aime, Juniper. Les gamins vont garder le secret, et venir en aide à Mud pour qu'il puisse échapper à ceux qui veulent sa peau, notamment les membres de la famille de sa victime. Il est revenu sur le lieu de ses jeunes années, mais il ne peut compter que les deux gamins, Tom (superbe Tom Shepard) qui a élevé Mud refuse de lui venir en aide fatigué par ses histoires. Pour cela il faut remettre le bateau en état et notamment le faire descendre de son arbre...
Avec ce troisième film il n'y a plus de doutes sur le statut de Jeff Nichols, il fait partie des grands cinéastes de notre temps. Ce dernier film d'une beauté étourdissante nous a transporté jusqu'à son générique de fin. Une émotion qui a pu nous rappeler la lecture des livres de Mark Twain, ou de Robert Stevenson où Mud fait ici office de Long John Silver...Mais bien plus qu'un simple film d'aventures, c'est aussi un film sur l'enfance, des rapports avec les parents avec notamment Ellis qui découvre les premiers émois amoureux, il n'a peur de rien surtout pas de se confronter aux plus grands pour faire valoir sa vision de la justice. Interprété par Tye Sheridan, ce gamin est doté d'un charisme qui n'est pas sans rappeler celui d'Antoine Doisnel des 400 coups.

Le cinéma de Jeff Nichols est absolument remarquable, il ne filme jamais pour le plaisir un beau plan sur les paysages, chaque plan a son sens, sert les propos du cinéaste. On s'inquiéte, on rit notamment lorsque Tom ne comprend pas pourquoi le fait d'avoir été un tireur d'élite chez les marines ferait de lui un assassin, ce film est un grand moment d'émotion.

Mud, sur les rives du Mississippi est un grand film romanesque, une claque cinématographique  !

Higuma est notre cantine japonaise

Pour de braves gens comme nous qui n'avons jamais eu la chance de poser notre pied au Japon, nous pourrions croire les japonais condamnés à se nourrir exclusivement de sushis et autres sashimis tant les cartes de restaurants japonais se ressemblent toutes. Pourtant le cinéma nippon, nous a souvent présenté une toute autre cuisine qui ne nous semblait pas sans intérêt.
Notre bonheur nous l'avons trouvé rue Sainte Anne à Paris où sont regroupés un grand nombre de restaurants japonais . Nous avons porté notre choix sur un restaurant qui ne paye pas de mine mais dont on nous avait fait les meilleurs compliments.
Plus cantine que restaurant, on découvre les cuisiniers derrière le comptoir préparer en direct les plats commandés. Il convient de ne pas rater les Gyoza, des raviolis farcis à tomber à la renverse, ensuite notre préférence va vers les nouilles sautées mélangés à des légumes. Les prix sont modestes, l'endroit est parfait lorsque vous ne souhaitez pas perdre votre temps à table. C'est le lieu idéal pour découvrir la cuisine japonaise du quotidien

Il convient d'arriver de bonne heure, l'endroit est réputé, très rapidement la queue s'installe sur le trottoir.

Higuma
32 bis rue Sainte Anne
75001 Paris

Gatsby Le Magnifique - Jack Clayton

Le "film du dimanche soir" nous a toujours semblé être un concept un peu flou, peut être parce qu'il n'est qu'un compromis : passer un bon moment tout en sachant que nous n'allons pas vivre un grand moment de cinéma. Nous avons pensé hier au soir que Gatsby Le Magnifique de Jack Clayton pouvait facilement entrer dans cette catégorie, peut être parce que Robert Redford y tient le premier rôle avec Mia Farrow.c'est d'ailleurs là une grande différence entre la littérature et le cinéma, il est parfois supportable de regarder un film sans qualité.
Nous avons beaucoup aimé le premier quart d'heure, la reconstitution de l'Amérique de l'entre deux guerres est particulièrement soignée. il n'y a pas beaucoup inventivité dans la mise en scène mais c'est avec un certain plaisir que nous plongeons dans cette époque aujourd'hui disparue. Les robes sont sublimes, les couples dansent avec élégance, en ce temps là les gens riches avaient un certain sens de l'élégance, cela correspond totalement à notre vision fantasmée de ce temps là.
Mais la première rencontre entre Gatsby et Daisy cette femme tant désirée dans ses jeunes années qu'il n'a pu épouser parce qu'il était sans fortune, tombe dans une mièvrerie vite ridicule, ridicule confirmé par la présence d'un cygne dans un premier plan. Les fondus enchainés ne font qu'amplifier cette impression de mauvais mélo. Le film traine en longueur, nous finissons par nous ennuyer nous aussi aux soirées de Gatsby...
Il est assez facile d'adapter l'histoire de Gatsby, dont la trame est assez simple, mais ce qui reste impossible au cinéaste c'est de rendre la magie de l'écriture de Francis Scott Fitzgerald !

dimanche 19 mai 2013

Les anges du péché - Robert Bresson

Les anges du péché est le premier long métrage de Robert Bresson réalisé en 1943.  Premier film qui annonce une œuvre importante à venir, Robert Bresson situe l'action  au cœur d'un couvent des Dominicaines de Bethanie.
Une congrégation fondée en 1856 par le père  Lataste dont la première mission est de porter secours aux femmes emprisonnées, les emmener sur le chemin de la réhabilitation et le salut de leurs âmes. De nombreuses sœurs qui vivent dans le couvent se sont engagées dans les ordres à la fin de leur peine de prison.
Anne-Marie qui rejoint la congrégation au début du film, n'a pas un passé de délinquante, au contraire c'est une jeune bourgeoise issue d'un milieu convenu, elle entre d'ailleurs contre l'avis de sa mère qui aurait préféré la voir rejoindre un ordre "plus respectable".
Elle va entretenir une relation ambigüe avec Thérèse une jeune délinquante venue se cacher au couvent après avoir tué un homme, cette dernière multiplie les humiliations sur celle qui tente de sauver son âme. Anne-Marie glisse peu à peu vers la folie, la mère supérieure finit par renvoyer la jeune fille. Mais elle reste dans les environs, venant la nuit prier sur la tombe du fondateur de l'ordre...  prête à aller jusqu'au sacrifice pour obtenir la rédemption de sa protégée...

Robert Bresson dit du cinéma sonore qu'il inventa le silence. Cette formule colle parfaitement à son art , même si ce premier film nous semble être un de ses plus bavards, peut être du fait que Jean Giraudoux a participé au scénario et qu'il nous est difficile d'imaginer un écrivain  laisser le silence exprimer les choses.
Ce n'est certainement pas le film le plus abouti de Robert Bresson, mais il pose ici de nombreuses thématiques qu'il va reprendre tout au cours de sa filmographie, notamment sa réflexion autour du mal, le principe voulu par la congrégation : "les très grands pécheurs ont en eux ce qui fait les plus grands saints" ne pouvait pas le laisser indifférent. Il affiche un véritable sens du récit, son montage, ses cadrages sont d'une totale modernité, ils font que le cinéma de Robert Bresson ne se regarde pas comme un objet du passé, c'est un cinéma toujours vivant...

Film vu dans le cadre du ciné club de Claude Jean Philippe, cinéma l'Arlequin.

AM IV - Arman Méliès

"Arman Méliès est devenu aujourd'hui l'un des plus fins représentants de la pop hexagonale. Son quatrième album nous le dévoile moins mélancolique et moins contemplatif que par le passé. Plus incisif et plus synthétique. Le chanteur délaisse même un peu ses guitares de prédilection pour des claviers et des programmations très électro"

Vu dans Télérama, un extrait de l'article de Valerie Lehoux qui emploie également les adjectifs raffiné, élégant, précis, posé pour décrire Arman Méliès connu notamment pour avoir participé au dernier Album de Alain Bashung "Bleu Pétrole". Nous avions particulièrement aimé ses deux précédents albums "les tortures volontaires" et "Casino", nous ne pouvions pas passer à coté de son dernier album !

AMIV de Arman Méliès est notre album de la semaine.



samedi 18 mai 2013

Le passé - Asghar Farhadi

Ahmad après quatre ans d'absence est de retour d’Iran . Il a rejoint Paris pour divorcer de Marie dont il découvre la nouvelle vie  et les difficultés qu'elle rencontre avec sa fille ainée Lucie née d'un précédent mariage qui n'accepte pas la nouvelle liaison de sa mère avec Samir.
Ahmad va tenter d'apaiser le climat tendu, grâce à la confiance que lui accorde Lucie, il découvre le terrible secret qui pèse sur la nouvelle relation de son ex-épouse Marie . Ce film nous rappelle combien cette idée de "refaire sa vie" est fausse, on ne peut jamais gommer son passé qui finit toujours pas rejaillir, nous pourrions reprendre ici le titre d'un film d'un autre cinéaste iranien Abbas Kiarostami "et la vie continue", réalisé en Iran après un terrible tremblement de terre, ici le séisme est familial ...
Film parfait de Asghar Farhadi qui réalise une chronique familiale sans jamais porter le moindre jugement moral sur ses personnages, un regard qui révèle toute l'humanité du cinéaste. Il intègre parfaitement les enfants dans son récit, sans tomber dans la mièvrerie. Ce n'est jamais trop bavard, chaque plan est d'une précision chirurgicale, il laisse le temps à ses personnages de prendre place dans son film, il n'a jamais peur de tomber dans une certaine lenteur laissant ses plans se dérouler dans leur intégralité, c'est un vrai régal pour les acteurs tous brillants dans leur composition. Que ce soit Tahar Rahim, Berenice Bejo ou Ali Mosaffa, ils sont d'une justesse incroyable, par un simple geste, un regard, ils expriment les tourments de leurs âmes, ils en sont poignants. Il n'y a pas de gentils, de méchants, personne n'est parfait ici.
La construction du récit  crée un véritable suspens autour du secret qui doit être percé. La femme de Samir est dans le coma après une tentative de suicide. Personne n'a vraiment tous les éléments pour comprendre les raisons de son geste, la parole va se libérer, elle doit permettre de reconstituer le puzzle.

Vu à l'Arlequin

vendredi 17 mai 2013

Jorge Videla (1925-2013)

Nous pourrions militer, sans aucun problème de conscience, pour la libération des personnes incarcérées en prison, qui sont en fin de vie au nom de la dignité humaine. Mais il faut en convenir apprendre que Jorge Videla est mort seul dans sa cellule à l'age de 87 ans ne nous a fait ni chaud ni froid.
Il fut un des pires dictateurs de l'histoire récente de l'Amérique du sud, n'ayant jamais eu le moindre remords pour ses crimes.. Executions, enlèvements, tortures, disparitions, la dictature argentine était un crime contre l'humanité, une ignominie.
Nous imaginons combien la mort d'un tyran doit être un soulagement pour ceux qui furent les victimes de son régime. C'est à eux que vont nos pensées ce soir; et plus particulièrement aux mères et grand-mères de la place de mai qui défilaient chaque semaine pour rappeler la disparition de leurs enfants et ainsi dénoncer les crimes de la junte militaire à l'opinion mondiale!

Nous nous souvenons que la Fédération internationale de Football avait choisi de maintenir l'organisation de la coupe du monde 1978 sur le sol argentin alors que nous étions dans les mois les plus sanglants de la répression. On torturait les opposants du régime au son des discours d'Adolf Hitler à quelques encablures de stades de Football. L'Argentine remporta le trophée dans des conditions plus que douteuses, ceci ne fut qu'un épisode parmi tant d'autres sur les rapports troubles qu'ont pu entretenir les grandes organisations sportives et les dictatures au cours du XXème siècle.

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