dimanche 18 mars 2012

La taupe - Tomas Alfredson

Après l'échec d'une mission à Budapest, le patron du MI5 Control est renvoyé ainsi que son fidèle lieutenant George Smiley. Les autorités ont la certitude qu'une taupe est infiltrée dans le service, Control avait d'ailleurs réduit le nombre des suspects à cinq personnes. Smiley est contacté secrètement pour découvrir la taupe... il reprend du service!
Adapté d'un roman de John Le Carré, ce film nous replonge dans la guerre froide et le mythe des agents doubles, reconstitution parfaite dans un temps,les années 70 où les techniques d'espionnage sont minimales ... Nous sommes loin de Jason Bourne et du film d'action, les espions sont habillés en Tweed, ils semblent mener une vie de bureau plutôt tranquille. Nous avons du mal à reconstituer l'histoire, mais les différents morceaux du puzzle nous sont donnés, nous finissons par retomber sur nos pattes. Gary Oldman est parfait, Colin Firth également mais soulignons la performance Tom Hardy qui apparait dans les meilleures scènes du film à Istanbul où il incarne un espion qui a le mauvais réflexe de tomber amoureux. Ce que révèle ce film, c'est le coté vain de cet espionnage de la guerre froide où de nombreux moyens sont engagés pour des résultats plutôt hasardeux mais si le  travail du renseignement a tout d'un travail d'équipe, chaque espion semble confronté à sa propre solitude et à ses secrets qu'il ne peut partager, ce n'est pas très glamour. Réalisateur suédois, Tomas Alfredson a parfois une vision qui peut tendre au cliché, un flegme britannique à toute épreuve, un goût immodéré pour le whisky ... mais ne chipotons pas, il réussit parfaitement ce qui peut s'apparenter à un exercice de style, l'adaptation d'un roman de John  Le Carré.

Narrow - Soap & Skin

Soap & Skin c'est une jeune fille autrichienne Anja Plaschg qui part sa reprise réussie de Janitor of Lunacy revendiquait dés ses débuts sa filiation avec Nico . Avec ce deuxième album, elle confirme qu'elle n'était pas qu'une simple météorite , tout le talent affiché dans Lovetune for vaccum est ici confirmé dans cet album sombre où elle rend un hommage vibrant à son père disparu brutalement. C'est un disque de deuil  comme pouvait l'être Franky Knight le dernier album d'Emilie Simon. Pianiste, violoniste, les compositions de la jeune fille à la voix intense expriment clairement son désarroi, elle signe le premier grand album de l'année 2012!

C'est pour nous toujours un bonheur de voir une nouveauté venue d'Autriche qui fut le cœur européen au début du XX°, pour devenir un petit pays rabougri et replié sur lui-même.... Anja Plasch nous rappelle par son talent, son ouverture d'esprit qu'il convient de ne pas réduire son pays à ses skieurs intrépides et ses petits nazillons qui viennent régulièrement occuper l'espace médiatique. Il y a encore de la vie en Autriche

Nous n'en avons pas fini avec Soap & Skin, c'est assurément le début d'une grande histoire de la pop musique tant le talent de cette dame est évident...Si on se retourne sur les productions de ces derniers mois (Kate Bush, Emilie Simon, Camille, Mansfield Tya, Soko...) le talent  dans la pop musique se conjugue  clairement au féminin!

Narrow de Soap & Skin est notre album de la semaine !

vendredi 16 mars 2012

Meine Kältekammer (ma chambre froide) - Joël Pommerat - Puppentheater Halle


(Photo Angela Baugmart)



Ma chambre froide est la chronique d'un magasin où les employés doivent subir les assauts de leur patron. Harcèlement moral, sexuel, il n'y a aucun doute sur les qualifications juridiques du comportement de Blocq. Mais lorsque ce dernier découvre qu'il est atteint d'un mal incurable, il préfère céder les parts de  sa société à ses  employés  qu'à sa famille qu'il déteste. En contrepartie, ceux ci devront consacrer annuellement une journée à honorer sa mémoire, Estelle une de ses employés propose de monter un spectacle qui retrace les grands évènements de sa vie. Ainsi le groupe des "héritiers" se retrouve non seulement propriétaire du magasin mais également d'une cimenterie, d'un abattoir, et d'un bar de luxe qui se révèle être très rapidement un bar à putes.

Face à leurs nouvelles responsabilités, il leur faut prendre des décisions dans la gestion, prévoir l'avenir, ils se retrouvent désarçonnés,  confrontés rapidement aux difficultés,  quand en plus il leur faut préparer un spectacle pour ne pas rendre caduque le contrat...
Découpés en séquences ce qui donne un aspect mécanique au récit comme si les événements se déroulaient dans une suite logique et implacable sans aucun espace de liberté pour les différents protagonistes , cette histoire peut être vue comme celle du capitalisme, c'est l'histoire d'une aliénation. C'est sombre et  pessimiste, totalement désespérant. Parmi ces personnages se dégage Estelle une sorte de sainte du travail, toujours prête à secourir ses camarades, femme courage qui subit en silence les coups de son mari, chacun en profite pour lui refiler ses corvées. Mais derrière ce visage d'ange se cache un personnage bien plus complexe à la personnalité double révélant une fascination pour le mal.
Ils finiront par céder toutes les parts de leur société sans en tirer profit, pour revenir à leur condition première.
Passionnante rencontre que celle entre Joel Pommerat et sa compagnie "Louis Brouillard" et le Puppentheater de Halle de Christoph Werner. L'écriture contemporaine ancrée dans la réalité sociale de Joel Pommerat trouve toute sa place dans ce théâtre où les marionnettes se mélangent au jeu des acteurs, il renouvelle totalement le genre. Les marionnettes hyper réalistes se confondent parfaitement aux acteurs et très rapidement nous ne les distinguons plus  des possibilités infinies au metteur en scène, notamment pour rendre compte du monde onirique de Estelle. Les sous titres idéalement placés sur le plateau ne sont pas un problème pour ceux qui comme nous ne connaissent pas la langue allemande. C'est un spectacle d'une grande beauté qui montre combien le théâtre est un art vivant portant  un  regard sans concession sur notre époque, Joel Pommerat en est un de ses grands auteurs.

C'est avec grand plaisir et une certaine impatience que nous nous rendrons aux ateliers Berthier du Théâtre de l'Odéeon pour assister à la version mise en scène par Joel Pommerat de la compagnie Louis Brouillard.

jeudi 15 mars 2012

Faute d'identité - Michka Assayas

Michka Assayas est un journaliste, écrivain, reconnu principalement pour son travail comme critique rock. Il a notamment dirigé l'écriture d'un dictionnaire du rock qui fait référence,  il signa également  un livre d'entretien avec son ami  Bono le chanteur de U2. Il est le jeune frère de Olivier Assayas,  cinéaste majeur du cinéma français.
 Tout va bien , pourrions nous dire? Oui pas de vrai souci, une vie heureuse jusqu'au jour où Michka Assayas perd son passeport, précieux sésame qui lui permet de voyager, d’exercer son métier. A la suite de cette perte, il plonge dans un monde kafkaïen où il se retrouve confronté à l’inanité des lois sur la nationalité dont les premières furent signées par Charles Pasqua.
Parce que ses deux parents ont obtenu la nationalité française par naturalisation, son père juif de Constantinople, sa mère chrétienne calviniste venue de Hongrie après guerre dans la même démarche que le père de Nicolas Sarkozy, il lui faut apporter la preuve à l'administration française qu'il est français. Suis je français? Cette question il ne se l'était jamais posé tant la réponse lui semblait naturelle!
Si ses parents ont choisi la France comme pays d'adoption, c'est qu'ils avaient une haute opinion de notre République garante des Droits de l'Homme. Ils ont obtenu la nationalité française parce qu'ils en avaient le désir profond.

"Je repense à une formule que mon père avait un jour écrite dans un des cahiers à spirale où il tenait son journal intime. Lui qui avait grandi à Milan au sein d'une famille dont les origines s'étendaient du Caire à Salonique, avait été le premier à s'établir en France; il avait reçu la nationalité française à la suite d'un décret collectif concernant les "protégés français" en 1932. Il s'inquiétait de tout ce qui pouvait le renvoyer à des origines juives qu'il avait fuies. Il s'était d'ailleurs inventé un nom français pour le cinéma: Jacques Rémy. Mais j'anticipe. Sa première ambition , pour mon frère et moi, était qu'on ne nous distingue pas des autres français, que nous soyons transparents, une chance qu'il n'avait pas eue: Mes enfants, eux, seront noyés dans la masse", écrivit-il un jour, se réjouissant. De ce point de vue, son souhait a été accompli. Du moins le croyais-je."

Oui mais voila comme lui répond succinctement un fonctionnaire quand il s'étonne des démarches qui lui sont demandées alors que ce fut si simple jusqu'à maintenant: "les règles ont changé".

" J'ai pris un formulaire et j'ai rempli, sans y penser, comme à l'école, les cases "date et lieu de naissance des parents". Nom de père: Assayas, prénom: Raymond né le 21 juin 1911 à Istanbul, nom de jeune fille de la mère: Polya, prénom: Catherine; née le 1er septembre 1919 à Budapest. Un employé a tout de suite regardé ce que j'avais écrit et m'a rendu le papier en me disant que ça n'irait pas. Pourquoi? mes deux parents étaient nés à l'étranger et , dans ces conditions, la demande de renouvellement de mon passeport ne pouvait aboutir. Il m'a tendu un autre formulaire indiquant l'adresse d'un "pôle de la nationalité française"......"

De cette mésaventure nait un merveilleux livre où Michka se retourne sur son enfance, ses parents, ses origines, cela se lit d'une traite, c'est un magnifique récit qui nous rappelle parfois le film de son frère ainé "l'eau froide"... Mais ce qu'il reste c'est une blessure, une humiliation, ....

 "J'ai attendu un an avant d'avoir ce passeport. Mes parents ont été naturalisés, ils étaient très fiers d'être français. Maintenant que j'ai ce passeport, je peux voyager. Mais je peux vous dire que plus jamais, de ma vie, mais alors jamais, je ne demanderai à avoir une carte d'identité, parce que le pays dans lequel j'ai grandi n'existe plus."

Un livre essentiel en ces temps troublés.... 

mercredi 14 mars 2012

Pierre Schoendoerffer (05/05/1928 - 14/03/2012)

La littérature est pour certains jeunes une source d'inspiration. Joseph Conrad, Jack London, Herman Melville ou Joseph Kessel furent en partie les responsables de la décision de Pierre Schoendoerffer lui qui n'avait jamais vu la mer de s'engager sur un chalutier à voile dés son plus jeune âge. Après cette expérience, désireux de faire du cinéma mais sans carnet d'adresses, il s'engage dans les services cinématographiques de l'armée. Son engagement le mène dans la cuvette de Dien Bien Phu où il fut fait  prisonnier.
C'est le type même d'expérience qui vous marque à jamais. En Indochine, il fait une rencontre essentielle avec le photographe reporter Raoul Coutard qui allait devenir par la suite un grand nom du cinéma, le chef opérateur de Jean Luc Godard, un compagnon de route de la nouvelle vague, mais aussi une vraie tête de cabochard.
Raoul Coutard est bien évidemment derrière la caméra quand Pierre Schoendoerffer réalise la 317° section, film nourri de son expérience indochinoise. Sans aucun doute nous pouvons citer ce film aux cotés des chefs d’œuvres d'Anthony Mann Men in war ou de Samuel Fuller The big red one
Le cinéma de Pierre Schoendorffer a pu exister grâce à Georges De Beauregard un de ces producteurs un peu fous, véritable amoureux du 7eme art. 

La bataille de Dien Bien Phu commença le 13 mars 1954, mourir en cette date anniversaire n'est surement pas fait pour lui déplaire.

dimanche 11 mars 2012

Le crunch 2012

Pas très craquant le crunch 2012, où les français ont ouvert à trois occasions les portes aux tendres anglais. Ils ne se sont pas faits prier longtemps pour aller aplatir le ballon dans notre en but en deux passes. Tuilagi , Foden et le puissant troisième ligne Croft sont les héros du jour... Le haut niveau ne plaisante pas, la moindre défaillance est sanctionnée au tableau d'affichage. Nous n'avons pas  proposé grand chose au niveau du jeu, Wesley Fofana seule nouvelle réjouissante de ce tournoi dans les rangs français venant aplatir en fin de rencontre le ballon  pour réduire le score et nous laisser croire  à un possible renversement de dernière minute...

Que c'est triste de perdre le crunch, surtout que les anglais n'avaient rien d'impressionnant à nous proposer. Mais les prochaines années pourraient s'annoncer difficile au vu de la performance de leur jeune demi d'ouverture Farrel... Ils ont déjà fait le deuil de Johnny Wilkinson, ils se sont peut être découverts une petite merveille qui n'a plus qu'à murir pour endosser le costume de bourreau lors des prochaines années.

Nous avons entendu monter des tribunes Swing Low, Sweet Chariot, ... chant funèbre qui résonne toujours aussi mal à nos oreilles!

C'était un petit crunch! (France 22 - Angleterre 24)

Les fragments - The misfits ... après midi Marilyn Monroe

Quelle bonne idée d'inviter Bernard Comment éditeur des "fragments" de Marliyn Monroe. L'histoire de ce livre est passionnante,au hasard d'un diner Bernard Comment a été contacté pour consulter les archives personnelles de Marilyn que détient la famille de Lee Strasberg le célèbre professeur de théâtre de l'Actor Studio, choisi par Marilyn comme héritier. Alors que l'épouse de Stadsberg aurait pu accepter un pont d'or proposé par des éditeurs américains, elle préfère la démarche littéraire de l'éditeur français qui propose un vrai travail d'édition respectueux qui révèle une facette inconnue de l'actrice, bien loin des clichés véhiculés. Il faut saluer l'éthique de la famille Stradsberg refusant un chèque en blanc et préférant un travail de qualité et n'ayant  pour exigence que le prix du livre soit au plus bas, parce que Marilyn appartient à tous.

Les misfits est un film maudit,  les trois acteurs principaux Marylin Monroe, Clark Gable et Montgomery Clift allaient mourir peu de temps après le tournage, seul Elli Wallach échappe à la malédiction.  Scénario écrit par Artur Miller qui sur les conseils d'Elia Kazan reprend une nouvelle précédemment écrite. Alors que son couple bat de l'aile, le dramaturge new-yorkais a l’indélicatesse d’intégrer des éléments de la vie personnelle de l'actrice. Rosalyn débarque à Reno pour divorcer en moins de deux, elle croise un garagiste qui la présente à un éleveur, à son contact ces hommes découvrent la misère affective de leurs vies, l'Amérique ne produit pas que des gagnants, nous sommes loin de l'American Way of Life,... C'est peut être là le plus beau rôle  de la filmographie de Marilyn, mais nous n'avons pas une grande admiration pour le cinéma de John Huston qui surjoue la dramatisation des scènes avec notamment une musique envahissante et  nous nous ennuyons parfois malgré le jeu parfait des acteurs, les Misfits est assurément un grand film malade ... John Ford et John Huston ne pouvaient pas se sentir, nous avons choisi notre camp nous restons des "fordiens" convaincus...
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