lundi 3 janvier 2011

Lola Montes - Max Ophuls (1955)


Lola Montes est l'histoire d'une courtisane du XIX ème qui fut proche notamment de Franz Liszt et de Louis 1er de Bavière dont elle doit fuir le royaume au moment de la révolution de 1848. Elle n'a plus alors d'autres ressources que de se donner en spectacle dans un cirque. Livrant ainsi sa vie en pâture devant des foules au voyeurisme obscène!

Ici on retrouve un peu le thème du dernier film de Kéchiche, cette ambiance aujourd'hui disparue des foires où des êtres étaient crument exposés au regard du public, peut être tout simplement parce que ses tristes spectacles ont trouvé leurs places sur nos écrans de télévision.

Dernier film de Max Ophuls dont le tournage fut compliqué: les producteurs lui imposèrent la couleur, le format cinémascope, le son stéréo et Martine Carol pour le 1er rôle. De tout cela, Max Ophuls s'en accommoda pour signer une œuvre époustouflante, mais la critique virulente passa à coté de ce film qui fut un échec commercial. Ils eurent raison de Max Ophuls et les producteurs reprirent en main le film pour en modifier le montage, donnant une version linéaire et sans saveur de cette histoire.


François Truffaut fut alors le seul critique à la hauteur du génie de Max Ophuls, égal à sa légende le voila prêt à ferrailler avec tous les ennemis du film: " Tout comme l'héroïne qui lui donne son titre, ce film risque de provoquer un scandale et d'exacerber les passions. Faudra-t-il combattre, nous combattrons, faudra-t-il polémiquer, nous polémiquerons!! Voila bien, en effet, le cinéma qu'il faut défendre en 1955, un cinéma d'auteurs qui est en même temps un plaisir des yeux, un cinéma d'idées, où les inventions jaillissent à chaque image, un cinéma qui n'empiète pas sur l'avant-guerre, un cinéma qui enfonce des portes trop longtemps condamnées. (...) La construction du récit, qui bouscule la chronologie, fait penser à Citizen Kane, mais bénéficie de l'appoint du cinémascope, procédé qui, ici, donne pour la première fois l'impression d'être utilisé au maximum de ses possibilités. Au lieu de soumettre naïvement au cadre inhumain de l'écran large, Max Ophuls, au contraire, dompte l'image, la divise, la multiplie, la contracte ou la dilate selon les nécessités de sa fracassante mise en scène."

Nous aimons le regard perspicace de François Truffaut qui se régale des inventions de Max Ophuls qui élargit par ses trouvailles le langage cinématographique, nous aimons son style combatif et son gout pour la polémique. Ah, si le cinéma et la littérature pouvaient à nouveau être sujets de polémiques, la vie en serait plus belle!


Grâce à l'obstination de son fils Marcel et au concours de la fille de Pierre Brauberger, le film de Max Ophuls a fait l'objet d'une restauration, le film a été remonté selon les volontés premières du créateur retrouvant ainsi toute sa magie. Le cinéma ne pouvait pas se passer d'un tel bijou!

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